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#Sociobang : Le Cloud fait table rase du passé ?

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« … A l’entrée des temps modernes, par la suite d’une paradoxale inversion des pôles, la logique de la reproduction s’est transformée en éthique de l’optimisation… ». Dans « Après nous le déluge » [Edit. Payot], Peter Sloterdijk diagnostique une rupture de la transmission dans nos sociétés. Le passé est gardé par d’autres, du psy au « Cloud », et l’avenir semble paralysé, entre dettes, paranoïa rampante [l’intelligence artificielle va donner le pouvoir aux robots] et catastrophes. Le titre de l’ouvrage reprend l’exclamation de Mme de Pompadour un soir de 1757 lorsqu’elle apprend la défaite de l’armée française face aux petites troupes de Frédéric II de Prusse. Régente secrète de la France, la favorite du roi démontrait par son ironie qu’elle était bien une fille du siècle des Lumières.

La tonalité de cet essai est pessimiste mais avec une énergie qui incite à penser, à agir [ce qui nous va bien chez Tilt ideas].

Thèse de l’auteur : longtemps, la culture s’est édifiée sur la répétition voulue du monde ancien [ex : les peintres classiques reproduisaient l’Antique]. Chaque génération s’inscrivait en fidélité à l’ancienne, avec des coupures certes, mais en révérant la dette qu’eux, héritiers, avaient contractée envers ceux qui leur avaient transmis vie et sens. Une illustration d’actualité est le « Make America Great Again » de Donald Trump. Cette crise de l’héritage explique pour beaucoup la course à l’abîme perpétuelle de la finance internationale. Jamais les dettes ne seront remboursées, chacun le sait mais les plus gros poissons doivent faire comme si les petits devaient s’y plier un jour. Juste pour ne pas être eux-mêmes déclarés insolvables : « Les dettes anciennes ne sont plus que déplacées vers un lendemain durablement paralysé par une cascade de dettes nouvelles ». « …Donnez-nous un avenir délivré, non pesant, fluide, fonctionnel, qui s’adapte à l’envie, permettez-nous d’oublier… » semblent réclamer certains. Nous voulons être meilleurs, aller plus vite, être plus forts. Mais nous avons la mémoire courte, c’est bien connu, et la mémoire, pour la stocker, il y a désormais un lieu pour cela, en mode déporté : le « Cloud », qui est une dimension dispensant d’avoir à se souvenir et donc d’agir aussi en fonction de ce qui fut. Photos, images, secrets seront gardés ailleurs, et par d’autres. C’est le diagnostic magistral [et contestable] de Peter Sloterdijk : obtenir l’immunité générale, faire de l’irresponsabilité un droit de l’homme – immature à vie – serait la nouvelle conquête que l’époque demanderait à toutes les institutions qui sont censées la structurer.

‽ A vouloir se dispenser du passé, le présent perpétuel de notre monde pourrait bien finir par nous priver d’avenir, c’est-à-dire d’espérance. Or, d’après Tilt ideas -et tel Janus- c’est au contraire en ancrant fortement le futur dans les racines du passé qu’une entreprise, une marque ou un individu peuvent se réinventer. Arrêtons d’opposer technologie et humanité. Hard et software. Parions que la technologie nous rendra plus humains. Réconcilions passé, présent et futur. Ainsi naîtra une humanité augmentée ?