Forecasting, Brand Strategy and Innovation

Novlangue managériale : Mettons des maux sur des mots !

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Les termes de « disruption », « agilité », « lean management » ou encore « digital natives » vous sont familiers ? Ne vous inquiétez pas, ces tics de langage, facilement contagieux ont investi la sphère de l’entreprise depuis quelques années.

À l’origine issu du célèbre roman 1984 de Georges Orwell, le terme « novlangue » désigne une forme de langage construit et totalement artificiel, qui vide certains mots et concepts de leur sens pour empêcher le peuple de raisonner librement.

Appliqué au monde de l’entreprise, pétri d’anglicismes et de paraphrases, la novlangue semble infuser aujourd’hui le jargon managérial en profondeur.

  • Travaillez-vous avec des « collaborateurs », « employés » ou des « salariés » ?

La novlangue managériale à tendance à atténuer symboliquement les rapports de force en entreprise pour mettre à distance la fonction primaire de certains métiers : les « agents d’entretien » deviennent des « techniciens de surface », quand les « ouvriers » deviennent des « agents de production ». Des expressions du quotidien comme les « ressources humaines » désincarnent les employés, qui ne seraient dès lors plus que de simples ressources pour l’entreprise.

Ce processus linguistique permet d’institutionnaliser une forme de violence symbolique (Bourdieu, 1970) qui légitime les rapports de forces au sein de l’entreprise, avec le consentement implicite des salariés, imprégnés de cette novlangue managériale par nécessité de conformisme.

Or ce conformisme professionnel adopté de gré ou de force par les salariés, peut dissimuler un mal-être au travail, qui de peur de s’exprimer, sera à terme contre-productif pour l’ensemble de l’entreprise (Agnès Vandevelde-Rougale, 2017).

  • Soyez singuliers, parlez comme vous êtes !

Les risques réels du politiquement correct qu’instaure cette novlangue managériale en entreprise peuvent bloquer au-delà de la parole, toutes les prises d’initiatives de la part des salariés. L’innovation a pourtant besoin de se nourrir de ses richesses et ses diversités pour éclore : c’est en sortant des sentiers battus que les plus grandes innovations peuvent naître.

Steve Jobs avait déjà compris dès la fin des années 70, la nécessité de rendre accessible l’informatique au plus grand nombre. En lançant le premier ordinateur personnel Macintosh en 1984 (joli clin d’œil à Orwell), Apple décida alors que les machines parleraient désormais le « langage des humains », plutôt qu’obliger les utilisateurs à apprendre le langage complexe des machines. Le langage de codage informatique Fortran fut ainsi adapté pour en faciliter la programmation, avec des blocs structurés pour être compréhensible simplement : «  IF / THEN / ELSE / END IF »…

L’exemple de l’aspirateur Dyson dans un autre registre est également particulièrement intéressant : personne n’avait pensé à remettre en question l’existence de sacs dans les aspirateurs avant eux.
C’est en permettant aux salariés de s’exprimer librement pour remettre en cause des règles, des conventions ou des idées reçues sur les aspirateurs, que le groupe a pu devenir le n°1 du marché en Europe, tout en facilitant le quotidien des utilisateurs.

Il semble ainsi indispensable que chaque salarié puisse libérer sa parole en entreprise, pour régénérer les normes et les valeurs en vigueur ; et créer in fine les conditions de l’innovation autour d’un nouvel imaginaire moteur (créations, arts, imagination, rêverie, sublimation etc.) (Eugène Enriquez, 1997).

‽ C’est ce que propose Tilt ideas avec sa méthodologie stimulante DrDR (Dérégler Des Règles) qui nous engagent au-delà des mots, à agir à vos côtés pour créer une culture favorable à l’innovation au sein de votre entreprise. Alors parlons-en, et agissons ensemble !

Julien Médina, Consultant